« La famille traverse une crise culturelle profonde, comme toutes les communautés et les liens sociaux. Dans le cas de la famille, la fragilité des liens devient particulièrement grave parce quil sagit de la cellule fondamentale de la société, du lieu où lon apprend à vivre ensemble dans la différence et à appartenir aux autres et où les parents transmettent la foi aux enfants. Le mariage tend à être vu comme une simple forme de gratification affective qui peut se constituer de nimporte quelle façon et se modifier selon la sensibilité de chacun». (Evangelii Gaudium, no 66)
Je cite ces quelques paroles de lExhortation Apostolique simplement pour introduire ce qui est en cours actuellement au sujet de la famille et du mariage. Jamais on naura autant parlé de la famille et du mariage dans lÉglise que depuis deux ans, dans lÉglise universelle mais aussi dans lÉglise de lAfrique centrale. Et ce nest pas fini
Du 08 au 13 juillet nous aurons à Brazzaville lassemblée plénière de lACERAC, cest-à-dire la réunion qui a lieu tous les trois ans et qui regroupe les évêques de 6 pays de lAfrique centrale : République centrafricaine, Cameroun, Congo Brazzaville, Gabon, Guinée Équatoriale, Tchad. Le thème de la rencontre est LA FAMILLE.
Pour préparer cette Assemblée de Brazzaville, un colloque sest tenu à Libreville au Gabon en novembre 2013, colloque qui avait été préparé à la base par un questionnaire envoyé aux communautés et aux différents groupes constitués dans les diocèses. Ont participé à ce colloque des délégués des 6 pays : évêques, prêtres, religieuses, couples.
Les résultats de ce colloque vont alimenter comme prévu lAssemblée plénière de lACERAC, mais ont aussi été envoyés à Rome pour aider à rédiger lInstrument de travail pour le prochain synode extraordinaire qui se tiendra du 5 au 19 octobre et auquel je participerai. Cet Instrument de travail est en confection et devrait être publié sous peu. Il me servira pour préparer mes propres interventions au synode et pourra aussi être utile pour ceux qui veulent mener des recherches dans les paroisses.
Enfin, pour clôturer cette réflexion théologique et pastorale sur la famille, le pape François a déjà annoncé pour 2015 un synode ordinaire sur le même thème.
Toutes ces réunions sont certainement utiles, et même indispensables, mais je me demande ce quil en sortira, tellement les situations de la famille et du mariage sont différentes selon les régions du monde. On na quà se référer par exemple au tremblement de terre médiatique provoqué par « le mariage pour tous » et aux approches différentes face à ce phénomène selon les pays et les continents !
Quant à nous, ce qui devrait nous intéresser, et même nous préoccuper, cest la situation de nos familles qui se dégrade de plus en plus et la confusion face au mariage chez les chrétiens. Je constate, depuis que je suis évêque, que nous navons pas fait de progrès à ce sujet ; ce serait même le contraire. Que signifie le mariage pour un baptisé ? Et comment se marie-t-on ? Je constate, lors de mes visites pastorales, que dans beaucoup de paroisses « les chrétiens ne se marient plus » ! Cest-à-dire quils prennent femme ou mari mais que rien nest fait officiellement devant lÉglise. Et quest devenu le mariage coutumier dans le monde daujourdhui ? À quoi ont alors servi les études que nous avons faites sur le mariage coutumier ? Dans le Directoire de lÉglise du Tchad, nous demandions que le mariage selon la coutume soit accompagné par la communauté chrétienne. Mais cela semble impossible à réaliser pour beaucoup de raisons.
En résumé : un grand chantier nous attend. Les travaux de lACERAC et des synodes pourront nous aider, mais je crois quil faudrait nous-mêmes intensifier la réflexion à la base dans les paroisses. Certaines paroisses le font, dautres non. Le temps de la saison des pluies peut être une occasion pour travailler intellectuellement et pastoralement ce thème de la famille et du mariage.
Pour terminer, je remercie de tout cur ceux et celles qui nous quittent définitivement, avec de bons souvenirs de leur séjour parmi nous, jespère. Je souhaite un bon congé à ceux et celles dont cest le tour et une bonne saison des pluies à ceux et celles qui restent (dont je fais partie). Dire que je reste cest une façon de parler car je serai à Brazzaville et surtout à Rome une bonne partie de la saison des « vacances » pour lACERAC, la Visite ad Limina et le synode. Que le Seigneur nous donne son Esprit en abondance en ce temps de Pentecôte.
+ Jean-Claude -Claude

