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Pala, TCHAD le
La Rédacion / Lundi, 12 Décembre 2013

« Vous déclarerez sainte la cinquantième année » Lv 25,10

« Le septième mois, le dix du mois, tu feras retentir le cor pour une acclamation ; au Jour du Grand Pardon vous ferez retentir le cor dans tout votre pays ; vous déclarerez sainte la cinquantième année et vous proclamerez dans tout le pays la libération pour tous les habitants ; ce sera pour vous un jubilé. » (Lv 25, 10)

 

Ce n’est pas pour rien que je cite ce texte car nous nous préparons à vivre une année jubilaire dans notre Église de Pala en 2014. En réalité nous serons un peu en retard car nous sommes déjà dans la cinquantième année. En effet le diocèse de Pala a été créé le 16 janvier 1964, avec l’élection de Mgr Georges-Hilaire DUPONT, premier évêque, qui est toujours en bonne forme malgré ses 94 ans. Il fêtera donc lui aussi le 1er mai 2014 le jubilé d’or de son ordination épiscopale. En ce qui me concerne, ce sera le 37ème anniversaire de mon ordination épiscopale que je fêterai ce jour-là car j’ai aussi été ordonné un 1er mai (en 1977).

Je crois qu’il est important de marquer cette année jubilaire. Comme êtres humains, vivant dans le temps et l’espace, nous avons besoin de points de repères et de connaître notre histoire. Cela fait aussi partie de toutes les cultures de rappeler le passé car il est important de connaître ses origines pour mieux se connaître. D’ailleurs, lors de la fête du nouvel an dans les cultures, il y a ce retour aux origines. Non seulement cela, mais il y a aussi des rites de purification et de pardon. On laisse les inimitiés et on se pardonne. On abandonne en quelque sorte ce qui est vieux, pour recommencer à neuf. Ne rejoint-on pas ici le texte de la Bible : « Au Jour du Grand Pardon… vous déclarerez sainte la cinquantième année et vous proclamerez dans tout le pays la libération pour tous les habitants. Il ne servirait à rien pour notre Église de regarder vers le passé sans qu’elle se demande si elle a été et est toujours fidèle à la mission reçue à l’origine.

Un texte du Nouveau Testament fait allusion à l’année jubilaire. Il s’agit du discours très connu de Jésus à Nazareth pour lancer sa propre mission :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur  m’a consacré par  l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. » (Lc 4,18-19).

En « trouvant » ce texte d’Isaïe, comme le dit l’évangile, non seulement Jésus présente sa mission comme un appel à la libération ou à la liberté, mais il invite ses auditeurs  à reconnaître la nouveauté que représente sa venue dans le monde et sa propre présence au milieu d’eux : « Aujourd’hui cette parole de l’Écriture est accomplie pour vous qui l’entendez. » (v. 21)

Il ne s’agit pas pour moi de définir ici comment va se dérouler cette année jubilaire. Cette célébration du cinquantenaire doit être organisée et des gens sont chargés d’y réfléchir. Il y aura des célébrations mais il faudra que nous réfléchissions aussi, avec les gens, à la vie et au travail de notre Église. En regardant vers le passé, il y aura lieu de remercier le Seigneur pour ses dons au cours de ces cinquante ans, mais il y aura lieu aussi d’avoir le courage de reconnaître les lacunes, et même le péché, dans la vie de notre Église. Remonter aux origines pour nous ce n’est pas seulement retourner à la fondation de nos missions, mais à la Bonne Nouvelle elle-même. Est-ce que cette Bonne Nouvelle a apporté et continue d’apporter « libération » et « liberté » chez les croyants de notre Église de Pala ? De qui sommes-nous vraiment disciples et témoins ? Cette réflexion devra absolument être menée avec les chrétiens eux-mêmes car autrement, aux yeux des gens, ce seront des choses qui viennent  d’en haut, et les gens ne seront pas dedans.

 

C’est un constat que je fais souvent : les chrétiens de Pala (et aussi d’ailleurs !) ne se sont pas encore approprié leur Église. On pourrait citer des tas d’exemples. L’Église au Tchad, pour bien des raisons, dont la colonisation fait fondamentalement partie, n’est pas encore tchadienne aux yeux des chrétiens. Peut-être aussi qu’elle risque d’être de moins en moins « Église », peuple de Dieu et Temple de l’Esprit, en résumé d’être plus humaine que spirituelle. Le pape François revient constamment sur ce danger. Il parle même du risque d’Église-organisme ou ONG. Encore dans son homélie du 12 novembre il s’en prenait aux chrétiens qui « ne vivent pas dans l’esprit de l’Évangile mais dans l’esprit de la mondanité ».

La célébration du jubilé de notre Église de Pala doit être un kairos, un temps fort : « Vous déclarerez sainte la cinquantième année ». Il serait dommage qu’il n’en soit pas ainsi. Et j’insiste encore une fois : il faut mettre les chrétiens dans le coup le plus possible car ça les arrange finalement de rester d’une certaine façon « en dehors » de l’Église. Cela leur permet de critiquer ce qui ne va pas mais sans se remettre en question eux-mêmes.

À tous et à toutes je souhaite une Bonne, Heureuse et Sainte Année Jubilaire 2014.

†  Jean-Claude Bouchard 

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