« Le septième mois, le dix du mois, tu feras retentir le cor pour une acclamation ; au Jour du Grand Pardon vous ferez retentir le cor dans tout votre pays ; vous déclarerez sainte la cinquantième année et vous proclamerez dans tout le pays la libération pour tous les habitants ; ce sera pour vous un jubilé. » (Lv 25, 10)
Ce nest pas pour rien que je cite ce texte car nous nous préparons à vivre une année jubilaire dans notre Église de Pala en 2014. En réalité nous serons un peu en retard car nous sommes déjà dans la cinquantième année. En effet le diocèse de Pala a été créé le 16 janvier 1964, avec lélection de Mgr Georges-Hilaire DUPONT, premier évêque, qui est toujours en bonne forme malgré ses 94 ans. Il fêtera donc lui aussi le 1er mai 2014 le jubilé dor de son ordination épiscopale. En ce qui me concerne, ce sera le 37ème anniversaire de mon ordination épiscopale que je fêterai ce jour-là car jai aussi été ordonné un 1er mai (en 1977).
Je crois quil est important de marquer cette année jubilaire. Comme êtres humains, vivant dans le temps et lespace, nous avons besoin de points de repères et de connaître notre histoire. Cela fait aussi partie de toutes les cultures de rappeler le passé car il est important de connaître ses origines pour mieux se connaître. Dailleurs, lors de la fête du nouvel an dans les cultures, il y a ce retour aux origines. Non seulement cela, mais il y a aussi des rites de purification et de pardon. On laisse les inimitiés et on se pardonne. On abandonne en quelque sorte ce qui est vieux, pour recommencer à neuf. Ne rejoint-on pas ici le texte de la Bible : « Au Jour du Grand Pardon vous déclarerez sainte la cinquantième année et vous proclamerez dans tout le pays la libération pour tous les habitants. Il ne servirait à rien pour notre Église de regarder vers le passé sans quelle se demande si elle a été et est toujours fidèle à la mission reçue à lorigine.
Un texte du Nouveau Testament fait allusion à lannée jubilaire. Il sagit du discours très connu de Jésus à Nazareth pour lancer sa propre mission :
« LEsprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur ma consacré par lonction. Il ma envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers quils sont libres, et aux aveugles quils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. » (Lc 4,18-19).
En « trouvant » ce texte dIsaïe, comme le dit lévangile, non seulement Jésus présente sa mission comme un appel à la libération ou à la liberté, mais il invite ses auditeurs à reconnaître la nouveauté que représente sa venue dans le monde et sa propre présence au milieu deux : « Aujourdhui cette parole de lÉcriture est accomplie pour vous qui lentendez. » (v. 21)
Il ne sagit pas pour moi de définir ici comment va se dérouler cette année jubilaire. Cette célébration du cinquantenaire doit être organisée et des gens sont chargés dy réfléchir. Il y aura des célébrations mais il faudra que nous réfléchissions aussi, avec les gens, à la vie et au travail de notre Église. En regardant vers le passé, il y aura lieu de remercier le Seigneur pour ses dons au cours de ces cinquante ans, mais il y aura lieu aussi davoir le courage de reconnaître les lacunes, et même le péché, dans la vie de notre Église. Remonter aux origines pour nous ce nest pas seulement retourner à la fondation de nos missions, mais à la Bonne Nouvelle elle-même. Est-ce que cette Bonne Nouvelle a apporté et continue dapporter « libération » et « liberté » chez les croyants de notre Église de Pala ? De qui sommes-nous vraiment disciples et témoins ? Cette réflexion devra absolument être menée avec les chrétiens eux-mêmes car autrement, aux yeux des gens, ce seront des choses qui viennent den haut, et les gens ne seront pas dedans.
Cest un constat que je fais souvent : les chrétiens de Pala (et aussi dailleurs !) ne se sont pas encore approprié leur Église. On pourrait citer des tas dexemples. LÉglise au Tchad, pour bien des raisons, dont la colonisation fait fondamentalement partie, nest pas encore tchadienne aux yeux des chrétiens. Peut-être aussi quelle risque dêtre de moins en moins « Église », peuple de Dieu et Temple de lEsprit, en résumé dêtre plus humaine que spirituelle. Le pape François revient constamment sur ce danger. Il parle même du risque dÉglise-organisme ou ONG. Encore dans son homélie du 12 novembre il sen prenait aux chrétiens qui « ne vivent pas dans lesprit de lÉvangile mais dans lesprit de la mondanité ».
La célébration du jubilé de notre Église de Pala doit être un kairos, un temps fort : « Vous déclarerez sainte la cinquantième année ». Il serait dommage quil nen soit pas ainsi. Et jinsiste encore une fois : il faut mettre les chrétiens dans le coup le plus possible car ça les arrange finalement de rester dune certaine façon « en dehors » de lÉglise. Cela leur permet de critiquer ce qui ne va pas mais sans se remettre en question eux-mêmes.
À tous et à toutes je souhaite une Bonne, Heureuse et Sainte Année Jubilaire 2014.
Jean-Claude Bouchard

