Au lieu daller passer ma retraite en France, je préfère moccuper des prisonniers à Pala.
Avec ses 81ans, Frère Hervé, de nationalité française, de la congrégation religieuse des Oblats de Marie Immaculée, offre le reste de sa vie en soccupant des prisonniers de la Maison darrêt de Pala.
Jérôme Vaïdjoua: Comment êtes-vous arrivé au Tchad
Frère Hervé : je suis venu à Pala pour la première fois quand jétais jeune. Jai servi 30 ans au garage de la mission catholique avant daller à Yaoundé. Pour la seconde fois, cest sur linvitation de la Sur Greth en 2003. Elle ma demandé de venir accompagner les malades du SIDA. Quand jétais arrivé en 2005, il yavait déjà M. Hans qui faisait ce travail. Jai préféré moccuper des prisonniers.
J.V : quelquun faisait déjà ce travail avant votre arrivée à Pala ?
F.H : Oui. Il yavait la Sur Catherine de la communauté des AMI. Après elle, cest la Sr Greth. Cest elle qui a fait aménager les toilettes de la maison darrêt.
J.V : il semble que les prisonniers vous appellent Papa Hervé. Quavez-vous fait pour mériter ce titre ? Etes vous leur aumônier ?
F.H : ils mappellent Papa parce que je suis souvent avec eux. Chaque semaine, je distribue du savon pour tout le monde. Je leur ai acheté des nattes, je pulvérise tous les 2 ou 3 mois leurs cellules et leurs habits contre les poux. Quelquefois, cest moi qui leur achète des habits. Il marrive aussi de payer des amendes pour ceux qui nont pas de moyens et qui, à cause des amendes, sont restés en prison. Jai payé même la moitié du budget de la construction de la fontaine deau à la maison darrêt.
J.V : alors Frère Hervé. Dites-nous, pourquoi attachez-vous un intérêt particulier à ce travail ?
F.H : laccompagnement des prisonniers fait partie de notre charisme. Cest un travail qui me passionne beaucoup. De 1999 2005, jai servi au centre Arche de Noé à Yaoundé. Un centre qui accueille les sortis de prison. Jai dit à mon provincial quau lieu daller passer ma retraite en France, je préfère moccuper des prisonniers.
J.V : il semble que vous êtes même capable de faire revenir à la maison darrêt certains prisonniers qui se sont évadés. Quelles techniques utilisez- vous ?
F.H : quand il y a évasion à la maison darrêt, ce ne sont pas tous les prisonniers qui ont envie de se sauver. Mais comme les autres les obligent, certains viennent me contacter ou mappellent au téléphone. Je les conduis à la maison darrêt car ils ont peur dêtre maltraités.
J.V : quest-ce qui vous a le plus marqué dans votre travail daccompagnement des prisonniers ?
F.H : ce qui ma le plus marqué ici, cest la facilité de meurtre. Surtout au sein des familles.
J.V : préparez vous votre la relève ?
F.H : oui. Je travaille actuellement avec un infirmier de la place du nom de Barka. Je lai même aidé à construire son dépôt de médicaments à 300m de la maison darrêt. Il a promis de continuer à donner des soins gratuits aux prisonniers. Au point de vue spirituel, je ne sais pas. Jai déjà 81 ans et le diocèse ne prépare rien pour le moment.
J.V : connaissez vous bien ce Monsieur ? Pourrait il continuer à soccuper des prisonniers même si vous nêtes plus là ?
F.H : cet homme, je le connais bien. Cest quelquun de sérieux et de très motivé. Dailleurs, cest à cause de sa foi quil fait ce travail.
J.V : vos derniers mots
F.H : Il ya des personnes qui sont en prison et qui nont pas été jugées. Je voudrais simplement dire aux autorités de respecter les règles de procédure judiciaire.

