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Pala, TCHAD le
La Rédacion / Vendredi, 06 Juin 2012

Papa Hervé

Frère HervéAu lieu d’aller passer ma retraite en France, je préfère m’occuper des prisonniers à Pala.

Avec ses 81ans, Frère Hervé, de nationalité française, de la congrégation religieuse des Oblats de Marie Immaculée, offre le reste de sa vie en s’occupant des prisonniers de la Maison d’arrêt de Pala.

Jérôme Vaïdjoua: Comment êtes-vous arrivé au Tchad

Frère Hervé : je suis venu à Pala pour la première fois quand j’étais jeune. J’ai servi 30 ans au garage de la mission catholique avant d’aller à Yaoundé. Pour la seconde fois, c’est sur l’invitation de la Sœur Greth en 2003. Elle m’a demandé de venir accompagner les malades du SIDA. Quand j’étais arrivé en 2005, il y’avait déjà M. Hans qui faisait ce travail. J’ai préféré m’occuper des prisonniers.

J.V : quelqu’un faisait déjà ce travail avant votre arrivée à Pala ?

F.H : Oui. Il y’avait la Sœur Catherine de la communauté des AMI. Après elle, c’est la Sr Greth. C’est elle qui a fait aménager les toilettes de la maison d’arrêt.

J.V : il semble que les prisonniers vous appellent Papa Hervé. Qu’avez-vous fait pour mériter ce titre ? Etes – vous leur aumônier ?

 

F.H : ils m’appellent Papa parce que je suis souvent avec eux. Chaque semaine, je distribue du savon pour tout le monde. Je leur ai acheté des nattes, je pulvérise tous les 2 ou 3 mois leurs cellules et leurs habits contre les poux. Quelquefois, c’est moi qui leur achète des habits. Il m’arrive aussi de payer des amendes pour ceux qui n’ont pas de moyens et qui, à cause des amendes, sont restés en prison. J’ai payé même la moitié du budget de la construction de la fontaine d’eau à la maison d’arrêt.

J.V : alors Frère Hervé. Dites-nous, pourquoi attachez-vous un intérêt particulier à ce travail ?

F.H : l’accompagnement des prisonniers fait partie de notre charisme. C’est un travail qui me passionne beaucoup. De 1999 – 2005, j’ai servi au centre Arche de Noé à Yaoundé. Un centre qui accueille les sortis de prison. J’ai dit à mon provincial qu’au lieu d’aller passer ma retraite en France, je préfère m’occuper des prisonniers.

J.V : il semble que vous êtes même capable de faire revenir à la maison d’arrêt certains prisonniers qui se sont évadés. Quelles techniques utilisez- vous ?

F.H : quand il y a évasion à la maison d’arrêt, ce ne sont pas tous les prisonniers qui ont envie de se sauver. Mais comme les autres les obligent, certains viennent me contacter ou m’appellent au téléphone. Je les conduis à la maison d’arrêt car ils ont peur d’être maltraités.

J.V : qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre travail d’accompagnement des prisonniers ?

F.H : ce qui m’a le plus marqué ici, c’est la facilité de meurtre. Surtout au sein des familles.

J.V : préparez –vous votre la relève ?

F.H : oui. Je travaille actuellement avec un infirmier de la place du nom de Barka. Je l’ai même aidé à construire son dépôt de médicaments à 300m de la maison d’arrêt. Il a promis de continuer à donner des soins gratuits aux prisonniers. Au point de vue spirituel, je ne sais pas. J’ai déjà 81 ans et le diocèse ne prépare rien pour le moment.

J.V : connaissez –vous bien ce Monsieur ? Pourrait – il continuer à s’occuper des prisonniers même si vous n’êtes plus là ?

F.H : cet homme, je le connais bien. C’est quelqu’un de sérieux et de très motivé. D’ailleurs, c’est à cause de sa foi qu’il fait ce travail.

J.V : vos derniers mots

F.H : Il y’a des personnes qui sont en prison et qui n’ont pas été jugées. Je voudrais simplement dire aux autorités de respecter les règles de procédure judiciaire.

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