A la fin de « lannée sacerdotale » que nous venons de vivre, il convient de parler de limportance du clergé pour notre Église, sans cacher les difficultés que les prêtres rencontrent, et de regarder comment aider à prévenir ces difficultés. Les prêtres occupent en effet une place irremplaçable dans une Église : « Les prêtres, comme coopérateurs des évêques, ont pour première fonction dannoncer lÉvangile à toute la création (Mc 16,15) ; ils font naître et grandir le peuple de Dieu. (Vatican II : Ministère et vie des prêtres, PO nº4)
Nous disons constamment que nous sommes en situation de première annonce de lÉvangile mais dans la pratique ne sommes-nous pas entraînés à négliger ce premier devoir fondamental pour nous plonger totalement dans ce quon pourrait appeler lentretien des communautés ? Sans doute que les activités pressent, mais il nous faut être constamment attentifs au comment annoncer lÉvangile à toute la création dans cette partie du Tchad où nous sommes appelés à travailler. Il importe de nous demander aussi comment faire naître et grandir une vraie Église particulière ? Particulier soppose à général et indique un caractère distinctif, personnel. Cela veut dire quune Église particulière devrait normalement avoir un certain visage propre. Il ne sagit pas dêtre différent pour être différent, mais plutôt de constituer ensemble, communautés chrétiennes et équipes apostoliques, une entité unie par les liens de la charité et dynamique pour la cause de lÉvangile quon appelle « lÉglise de Pala ».
Et pour arriver à cette fin les prêtres jouent un rôle très important car ce sont eux qui sont à la tête de lÉglise particulière avec lévêque. Cest une grande responsabilité car deux dé-pend pour une bonne part limage que les gens, chrétiens et non-chrétiens, se font de lÉglise, et la qualité du travail dévangélisation et de construction de lÉglise. Ce que nous avons appelé « lannée sacerdotale » va bientôt se terminer mais pas la réflexion qui a été amorcée sur la place du prêtre dans lÉglise, et donc aussi la place du laïcat parce que le peuple de Dieu aussi est une communauté sacerdotale (1 P 2,9).
Pour cette année sacerdotale, il y a eu dans tous les diocèses du Tchad des rencontres de prière et de réflexion sur la vie et le ministère des prêtres et les réunions de presbyterium ont eu un cachet spécial. Dans le diocèse de Pala, cette rencontre de tous les prêtres avec lévêque a eu lieu du 16 au 18 mars. Ce fut loccasion de prendre encore plus conscience de lunité qui doit exister entre les prêtres, de quel-que origine et nature quils soient, et entre les prêtres et lévêque. Cette unité est déjà donnée par lordination presbytérale commune à tous et par la mission commune au service de la même Église mais il faut constamment la construire. Cest comme la vie chrétienne, elle est toujours à actualiser et cela demande un effort constant.
Lannée sacerdotale nous a aussi donné loccasion de nous arrêter sur ce quon a pu appeler des « malaises », soit chez les prêtres soit chez les séminaristes qui seront les prêtres de de-main. Quil y ait des difficultés dans la vie et dans toute vocation, cest normal. Mais quand des prêtres quittent leur ministère et leur vie de prêtres, comme cest arrivé à deux des nôtres depuis un an, il ne sagit
plus dun malaise mais dune crise profonde qui touche non seulement les personnes concernées mais aussi toute notre Église. En dehors de la tristesse quon ne peut que ressentir devant de tels faits, on ne peut pas ne pas se poser de questions sur la vie des prêtres mais aussi sur la vocation, la formation, laccompagnement des jeunes et des séminaristes. Et les réponses à ces questions ne dépendent pas seulement des évêques et des formateurs des grands séminaires mais de toute lÉglise, aussi bien pour le soutien au clergé que pour le discernement des vocations. Lors du presbyterium, nous avons souligné fortement la nécessité de créer plus de fraternité entre prêtres, de nous fréquenter et nous soutenir davantage. La réflexion est à poursuivre. Mais je voudrais marrêter maintenant sur la « pastorale des vocations ».
Nous ne sommes sans doute pas suffisamment conscients de ce quêtre prêtre au Tchad aujourdhui exige du clergé diocésain. Les jeunes qui veulent prendre cette route ignorent souvent ce vers quoi ils sorientent au fond et leurs motivations sont donc dans beaucoup de cas insuffisantes. Et cest trop tard quils réalisent quils ont visé trop haut et que ce quils ont trouvé ne correspond pas aux aspirations quils avaient. Certains qui quittent le reconnaissent dailleurs : « si javais su
» Quon le veuille ou non, les jeunes qui partent au séminaire sont tributaires dune société qui a perdu une grande partie de ses repères moraux et qui, sous linfluence du monde moderne, devient de plus en plus matérialiste. Ils sont parfois baptisés depuis peu dannées, et sont issus dune Église jeune, encore peu imprégnée de lÉvangile, sans tradition chrétienne consistante et pour laquelle certaines va-leurs, comme le « célibat à cause du Royaume des cieux », ne sont pas évidentes. Jésus la bien dit : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais seulement ceux à qui cest donné », et encore : « Comprenne qui peut comprendre » (Mt 19,11-12).
Aux déviations de la société et aux limites de lÉglise sajoute le poids (car si cest une sécurité cest aussi souvent un poids) de la famille et de lethnie qui empêcheront souvent le prêtre de se consacrer entièrement à sa tâche.
Tout cela pose sérieusement le problème du discernement des vocations. Il ne faut pas penser que le séminaire et lordination vont suppléer à toutes les lacunes de base et rendre les jeunes aptes à faire face aux difficultés futures. De même quil ne faut pas penser quun vernis de spiritualité peut suppléer à un manque de formation humaine et chrétienne de base.
Nous ne sommes pas les seuls à nous poser le problème de la formation. Je lisais récemment dans la Documentation OMI de Rome :
« Je me permets de poser une question que je me suis posée à moi-même plusieurs fois cette année : ne souffrions-nous pas peut-être dune certaine boulimie dans nos discours spirituels, avec une anorexie correspondante dans notre maturité humaine et chrétienne, condition dune spiritualité authentique ?» (Gianni Colombo, omi)
Je crois quil y a beaucoup de vrai dans cette affirmation. On disait autrefois : « La grâce ne change pas la nature mais la perfectionne ». Quelle maturité humaine et chrétienne ont les jeunes qui sont envoyés au séminaire ? On pour-rait aussi ajouter : quel profit tirent-ils de leurs études secondaires et « philosophiques » ?
Il y aura sans doute toujours un certain pourcentage déchecs, mais il faut les limiter le plus possible car les échecs ont des conséquences trop graves pour les personnes et pour lÉglise. Et pour cela il ny pas trente-six solutions : il faut que lenvoi au séminaire dun jeune soit considéré comme quelque chose de très sérieux et que chacun prenne ses responsabilités. Jai parfois limpression que face aux vocations de futurs prêtres, nous, les prêtres, sommes un peu comme les communautés chrétiennes face aux catéchumènes qui se préparent au baptême : pour eux cest laffaire du catéchiste et du prêtre, pour nous cest laffaire du séminaire et de lévêque avec son conseil. Or cest laffaire de tous : de la communauté de base, de la pastorale des jeunes, des prêtres de paroisse, des accompagnateurs, et de tout le presbyterium.
Permettez-moi de citer encore le Concile :
« Si, après mûre réflexion, ils (les prêtres) jugent certains jeunes ou déjà adultes capables de remplir ce grand ministère, ils les aideront, sans craindre les efforts ni les difficultés, à se préparer comme il convient jusquau jour où, dans le respect total de leur liberté extérieure et intérieure, ils pourront être appelés par les évêques. Une direction spirituelle attentive et réfléchie leur sera très utile pour atteindre ce but. Les parents, les maîtres et les différents éducateurs doivent faire en sorte que les enfants et les jeunes soient conscients de la sollicitude du Seigneur pour son troupeau » (PO nº11)
Nous avons publié pour le Tchad il y a quelques années un guide pour laccompagnement des vocations, je demande à tous les prêtres qui ne lont pas fait den prendre connaissance et de sen inspirer pour laccompagnement des jeunes.
Respectons aussi pleinement la liberté des jeunes en les obligeant à gagner eux-mêmes largent pour leurs études et pour leur départ au séminaire. Sils ne sont pas assez motivés pour faire cela, ils nont pas la vocation.
Jajoute enfin quil est très grave moralement de laisser ordonner prêtre quelquun sur qui existent des doutes sérieux, et dans ce domaine aucune solidarité ne devrait jouer, ni ethnique, ni fraternelle, ni filiale ou paternelle. Je constate quactuellement ce quon appelle la « publication des bans » ne sert pratiquement à rien. Cest une pure formalité. Javais demandé que dans chaque paroisse concernée on constitue un petit comité de trois ou quatre chrétiens adultes et « libres » pour se prononcer en vérité sur les jeunes qui demandent à partir au séminaire, sur le comportement des séminaristes en vacances, et pour les consultations pour lavancement au grand-séminaire et les appels aux ordres. Je réitère ma demande.
Bonne saison des pluies à tout le monde. Bonnes vacances à ceux et celles qui partent. on travail à ceux et celles qui restent. Merci à ceux et celles qui partent définitivement, mission accomplie.
Jean-Claude

