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Pala, TCHAD le
La Rédacion / Dimanche, 05 Mai 2010

« Faire naître et grandir le peuple de Dieu »

Cathédrale Pala: Sortie Messe chrismale 2010A la fin de « l’année sacerdotale » que nous venons de vivre, il convient de parler de l’importance du clergé pour notre Église, sans cacher les difficultés que les prêtres rencontrent, et de regarder comment aider à prévenir ces difficultés. Les prêtres occupent en effet une place irremplaçable dans une Église : « Les prêtres, comme coopérateurs des évêques, ont pour première fonction d’annoncer l’Évangile à toute la création (Mc 16,15) ; ils font naître et grandir le peuple de Dieu. (Vatican II : Ministère et vie des prêtres, PO nº4)

Nous disons constamment que nous sommes en situation de première annonce de l’Évangile mais dans la pratique ne sommes-nous pas entraînés à négliger ce premier devoir fondamental pour nous plonger totalement dans ce qu’on pourrait appeler l’entretien des communautés ? Sans doute que les activités pressent, mais il nous faut être constamment attentifs au comment annoncer l’Évangile à toute la création dans cette partie du Tchad où nous sommes appelés à travailler. Il importe de nous demander aussi comment faire naître et grandir une vraie Église particulière ? Particulier s’oppose à général et indique un caractère distinctif, personnel. Cela veut dire qu’une Église particulière devrait normalement avoir un certain visage propre. Il ne s’agit pas d’être différent pour être différent, mais plutôt de constituer ensemble, communautés chrétiennes et équipes apostoliques, une entité unie par les liens de la charité et dynamique pour la cause de l’Évangile qu’on appelle « l’Église de Pala ».

Et pour arriver à cette fin les prêtres jouent un rôle très important car ce sont eux qui sont à la tête de l’Église particulière avec l’évêque. C’est une grande responsabilité car d’eux dé-pend pour une bonne part l’image que les gens, chrétiens et non-chrétiens, se font de l’Église, et la qualité du travail d’évangélisation et de construction de l’Église. Ce que nous avons appelé « l’année sacerdotale » va bientôt se terminer mais pas la réflexion qui a été amorcée sur la place du prêtre dans l’Église, et donc aussi la place du laïcat parce que le peuple de Dieu aussi est une communauté sacerdotale (1 P 2,9).

Pour cette année sacerdotale, il y a eu dans tous les diocèses du Tchad des rencontres de prière et de réflexion sur la vie et le ministère des prêtres et les réunions de presbyterium ont eu un cachet spécial. Dans le diocèse de Pala, cette rencontre de tous les prêtres avec l’évêque a eu lieu du 16 au 18 mars. Ce fut l’occasion de prendre encore plus conscience de l’unité qui doit exister entre les prêtres, de quel-que origine et nature qu’ils soient, et entre les prêtres et l’évêque. Cette unité est déjà donnée par l’ordination presbytérale commune à tous et par la mission commune au service de la même Église mais il faut constamment la construire. C’est comme la vie chrétienne, elle est toujours à actualiser et cela demande un effort constant.

L’année sacerdotale nous a aussi donné l’occasion de nous arrêter sur ce qu’on a pu appeler des « malaises », soit chez les prêtres soit chez les séminaristes qui seront les prêtres de de-main. Qu’il y ait des difficultés dans la vie et dans toute vocation, c’est normal. Mais quand des prêtres quittent leur ministère et leur vie de prêtres, comme c’est arrivé à deux des nôtres depuis un an, il ne s’agit

plus d’un malaise mais d’une crise profonde qui touche non seulement les personnes concernées mais aussi toute notre Église. En dehors de la tristesse qu’on ne peut que ressentir devant de tels faits, on ne peut pas ne pas se poser de questions sur la vie des prêtres mais aussi sur la vocation, la formation, l’accompagnement des jeunes et des séminaristes. Et les réponses à ces questions ne dépendent pas seulement des évêques et des formateurs des grands séminaires mais de toute l’Église, aussi bien pour le soutien au clergé que pour le discernement des vocations. Lors du presbyterium, nous avons souligné fortement la nécessité de créer plus de fraternité entre prêtres, de nous fréquenter et nous soutenir davantage. La réflexion est à poursuivre. Mais je voudrais m’arrêter maintenant sur la « pastorale des vocations ».

Presbyterium de Pala, mars 2010Nous ne sommes sans doute pas suffisamment conscients de ce qu’être prêtre au Tchad aujourd’hui exige du clergé diocésain. Les jeunes qui veulent prendre cette route ignorent souvent ce vers quoi ils s’orientent au fond et leurs motivations sont donc dans beaucoup de cas insuffisantes. Et c’est trop tard qu’ils réalisent qu’ils ont visé trop haut et que ce qu’ils ont trouvé ne correspond pas aux aspirations qu’ils avaient. Certains qui quittent le reconnaissent d’ailleurs : « si j’avais su… » Qu’on le veuille ou non, les jeunes qui partent au séminaire sont tributaires d’une société qui a perdu une grande partie de ses repères moraux et qui, sous l’influence du monde moderne, devient de plus en plus matérialiste. Ils sont parfois baptisés depuis peu d’années, et sont issus d’une Église jeune, encore peu imprégnée de l’Évangile, sans tradition chrétienne consistante et pour laquelle certaines va-leurs, comme le « célibat à cause du Royaume des cieux », ne sont pas évidentes. Jésus l’a bien dit : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais seulement ceux à qui c’est donné », et encore : « Comprenne qui peut comprendre » (Mt 19,11-12).

Aux déviations de la société et aux limites de l’Église s’ajoute le poids (car si c’est une sécurité c’est aussi souvent un poids) de la famille et de l’ethnie qui empêcheront souvent le prêtre de se consacrer entièrement à sa tâche.

Tout cela pose sérieusement le problème du discernement des vocations. Il ne faut pas penser que le séminaire et l’ordination vont suppléer à toutes les lacunes de base et rendre les jeunes aptes à faire face aux difficultés futures. De même qu’il ne faut pas penser qu’un vernis de spiritualité peut suppléer à un manque de formation humaine et chrétienne de base.

Nous ne sommes pas les seuls à nous poser le problème de la formation. Je lisais récemment dans la Documentation OMI de Rome :

« Je me permets de poser une question que je me suis posée à moi-même plusieurs fois cette année : ne souffrions-nous pas peut-être d’une certaine boulimie dans nos discours spirituels, avec une anorexie correspondante dans notre maturité humaine et chrétienne, condition d’une spiritualité authentique ?» (Gianni Colombo, omi)

Je crois qu’il y a beaucoup de vrai dans cette affirmation. On disait autrefois : « La grâce ne change pas la nature mais la perfectionne ». Quelle maturité humaine et chrétienne ont les jeunes qui sont envoyés au séminaire ? On pour-rait aussi ajouter : quel profit tirent-ils de leurs études secondaires et « philosophiques » ?

Il y aura sans doute toujours un certain pourcentage d’échecs, mais il faut les limiter le plus possible car les échecs ont des conséquences trop graves pour les personnes et pour l’Église. Et pour cela il n’y pas trente-six solutions : il faut que l’envoi au séminaire d’un jeune soit considéré comme quelque chose de très sérieux et que chacun prenne ses responsabilités. J’ai parfois l’impression que face aux vocations de futurs prêtres, nous, les prêtres, sommes un peu comme les communautés chrétiennes face aux catéchumènes qui se préparent au baptême : pour eux c’est l’affaire du catéchiste et du prêtre, pour nous c’est l’affaire du séminaire et de l’évêque avec son conseil. Or c’est l’affaire de tous : de la communauté de base, de la pastorale des jeunes, des prêtres de paroisse, des accompagnateurs, et de tout le presbyterium.

Permettez-moi de citer encore le Concile :

« Si, après mûre réflexion, ils (les prêtres) jugent certains jeunes ou déjà adultes capables de remplir ce grand ministère, ils les aideront, sans craindre les efforts ni les difficultés, à se préparer comme il convient jusqu’au jour où, dans le respect total de leur liberté extérieure et intérieure, ils pourront être appelés par les évêques. Une direction spirituelle attentive et réfléchie leur sera très utile pour atteindre ce but. Les parents, les maîtres et les différents éducateurs doivent faire en sorte que les enfants et les jeunes soient conscients de la sollicitude du Seigneur pour son troupeau… » (PO nº11)

Nous avons publié pour le Tchad il y a quelques années un guide pour l’accompagnement des vocations, je demande à tous les prêtres qui ne l’ont pas fait d’en prendre connaissance et de s’en inspirer pour l’accompagnement des jeunes.
Respectons aussi pleinement la liberté des jeunes en les obligeant à gagner eux-mêmes l’argent pour leurs études et pour leur départ au séminaire. S’ils ne sont pas assez motivés pour faire cela, ils n’ont pas la vocation.

J’ajoute enfin qu’il est très grave moralement de laisser ordonner prêtre quelqu’un sur qui existent des doutes sérieux, et dans ce domaine aucune solidarité ne devrait jouer, ni ethnique, ni fraternelle, ni filiale ou paternelle. Je constate qu’actuellement ce qu’on appelle la « publication des bans » ne sert pratiquement à rien. C’est une pure formalité. J’avais demandé que dans chaque paroisse concernée on constitue un petit comité de trois ou quatre chrétiens adultes et « libres » pour se prononcer en vérité sur les jeunes qui demandent à partir au séminaire, sur le comportement des séminaristes en vacances, et pour les consultations pour l’avancement au grand-séminaire et les appels aux ordres. Je réitère ma demande.

Bonne saison des pluies à tout le monde. Bonnes vacances à ceux et celles qui partent. on travail à ceux et celles qui restent. Merci à ceux et celles qui partent définitivement, mission accomplie.

† Jean-Claude

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