ASSOCIATION DES CONFERENCES EPISCOPALES DE LA REGION DAFRIQUE CENTRALE (ACERAC)
ASSEMBLEE PLENIERE
Message
Introduction
Du 6 au 13 juillet 2013 sest tenue à Brazzaville (République du Congo) la dixième Assemblée plénière de lACERAC sur le thème « Famille en Afrique aujourdhui », à la suite des assemblées précédentes sur la femme à Malabo (Guinée Equatoriale) en 2002, sur les jeunes à Ndjamena (Tchad) en 2005, et plus récemment au Congrès de Libreville (Gabon) en 2013, anticipant ainsi les prochains synodes de lEglise universelle sur la famille. °
I. La famille chrétienne aujourdhui
1. Importance de la famille
La famille constitue le socle sur lequel sédifie la société qui se fait un devoir de la promouvoir, de la protéger et de la défendre. Cest là que la personne humaine naît, advient à son être et à son destin. Cest là quelle est nommée, reconnue, identifiée et introduite dans un réseau complexe de relations organisées permettant le vivre-ensemble. Cest aussi là quelle reçoit sa première éducation. Ainsi, la famille a une signification et une place prépondérante dans toute expérience humaine. Cela est plus particulièrement vrai dans le contexte africain qui est le nôtre.
2. La crise de la famille aujourdhui
Comme partout dans le monde, en Afrique aussi, la famille subit les contrecoups des mutations socio-culturelles. Les tensions socio-politiques se répercutent de manière insidieuse sur la cellule familiale. Influencée par la civilisation contemporaine marquée par lutilitarisme, lindividualisme et la cupidité, la gratuité qui fait lessence de lamour seffrite au bénéfice du profit. Les valeurs familiales traditionnelles sont remises en cause. Des situations sexuelles, autrefois marginales, voudraient se voir reconnues, authentifiées et légalisées.
3. La famille chrétienne
Cette crise affecte de manière particulière la famille et le mariage catholique.
En effet, lEglise Catholique dans son rôle de mater et magistra, rappelle que la personne humaine est, fondamentalement, appelée à lamour. Créée à limage et à la ressemblance de Dieu, cette personne, dans sa nature, vit un mystère douverture aux autres et de communion. Or, cest précisément dans la famille quelle réalise de manière privilégiée cette vocation.
Doù la définition de la famille dabord comme « une communauté de vie et damour ». Communauté de personnes qui est la première cellule de la société et où la personne humaine trouve son enracinement, son lieu originel de vie et dépanouissement, son point dinsertion non seulement dans la famille humaine mais aussi dans lEglise-famille de Dieu. Cest à ce titre que la famille est en même temps le lieu où passe lavenir de lhumanité et celui de lEglise.
4. La famille et le mariage
La famille tire son origine du mariage qui est lunion socialement ou/et sacramentellement reconnue entre un homme et une femme. Il ny a pas de réflexion sur la famille qui ne passe par une réflexion concomitante sur le mariage puisque les deux réalités sont connexes et ne sauraient se penser lune sans lautre. En effet, cest le mariage qui fonde la famille et on passe ainsi de la communion des deux époux à la communauté familiale. La Bible dit en effet : « Dieu créa lhomme à son image, à limage de Dieu, il le créa, homme et femme, il les créa. » (Gn. 1, 27). Ou encore « lhomme quitte son père et sa mère et sattache à sa femme, et ils deviennent une seule chair. » (Gn. 2, 24)
5. Engagement de lEglise catholique
Au regard de la crise et de toutes les difficultés qui affectent la famille africaine en général et la famille chrétienne en particulier, lACERAC a décidé de consacrer sa réflexion actuelle sur le thème général de la famille, et plus précisément celui de la famille chrétienne. Il sagit, dans le cadre de la nouvelle évangélisation, délaborer une nouvelle pastorale familiale, susceptible de répondre aux défis majeurs de notre temps.
II. Résolutions
Cest pourquoi, réunie à Brazzaville en sa dixième Assemblée plénière, lACERAC prend les résolutions suivantes :
1) Restructurer lapastorale de la famille. Dans les différents diocèses et conférences épiscopales, il existe des pastorales de la famille. Il convient de les harmoniser et de les restructurer en leur donnant les moyens humains et matériels. A cet effet, il est nécessaire de créer et de rendre opérationnelles des commissions de la famille au sein de lACERAC, des conférences épiscopales et des diocèses.
2) Mieux préparer au mariage. Le mariage étant une vocation, il convient de sy préparer de manière sérieuse. Cette préparation se fera en plusieurs étapes : préparation lointaine dans le milieu familial, préparation proche et immédiate au moment des fiançailles. Elle doit être assurée conjointement par la famille, les prêtres et une équipe de laïcs impliquée dans la pastorale de la famille, dans des centres appropriés.
3) Harmoniser les trois formes de célébration du mariage. Actuellement, on distingue en Afrique trois formes de célébration du mariage : le mariage coutumier, le mariage civil et le mariage catholique. Ce qui pose le problème du coût financier du mariage et dissuade les jeunes à lengagement. LEglise veillera à lharmonisation des trois formes de célébration, tout en gardant à chacune son sens originel.
4) Eduquer à lamour. : Compte tenu du contexte contemporain marqué par légoïsme, lutilitarisme et lhédonisme, un accent particulier doit être mis sur lamour agapè, amour don de soi et amour gratuit qui se nourrit du pardon.
5) Accompagner les couples. La célébration du mariage nest pas laboutissement dun processus. Cest une vie nouvelle qui commence. Cette nouvelle aventure doit être accompagnée en Eglise. Doù limportance de structures de partage et daccompagnement des couples mariés.
6) Former les agents pastoraux. La promotion des structures daccompagnement nécessite des agents pastoraux formés à cette pastorale. Il conviendrait que chaque diocèse envoie des prêtres, des religieuses et religieux, des couples laïcs à lInstitut Pontifical Jean-Paul II de Cotonou, au Bénin, ou ailleurs, pour des études sur le mariage et la famille. Un cours de pastorale familiale devrait être instauré dans le programme de formation des futurs prêtres, pour les préparer à assumer leur responsabilité dans lanimation de la pastorale familiale.
7) Former les familles. Vivre en famille nest pas facile et ne simprovise pas. Doù limportance de la formation dans les familles. Formation humaine pour apprendre à se connaître et à vivre des relations harmonieuses. Formation socio-anthropologique qui permet de comprendre son environnement culturel, social, politique et économique. Formation chrétienne qui permet de comprendre les sources bibliques, théologiques et morales de notre vie de foi.
8) Témoigner de sa vie de foi. Chaque membre de la famille doit être prêt « à rendre compte de lespérance qui est en lui » (1 P 3, 15). Il ny a pas de vie chrétienne sans témoignage implicite et explicite. La Parole de Dieu irradie le chrétien et lincite à vivre comme le Christ et à en témoigner. A travers le témoignage, les familles chrétiennes évangélisent dautres familles.
9) Sengager socialement. Les familles ne doivent pas se refermer sur elles-mêmes. Elles doivent sengager à la transformation de la société, dans les domaines social, législatif et politique, répandre une atmosphère chrétienne dans les différentes sphères de la société, lutter contre les fausses idéologies et spiritualités, les injustices sociales et les tares morales de la société.
10) Eduquer les enfants. Les parents sont les premiers et les principaux éducateurs de leurs enfants. La famille est la première école des valeurs dont aucune société ne saurait se passer. Cette éducation passe dabord par la présence physique effective des deux parents en famille. Elle inclut léducation affective et sexuelle. Il faut apprendre à lenfant à connaître son corps et à le respecter. Enfin, les jeunes seront éduqués à se prendre en charge, à aimer le travail bien fait, à développer toutes leurs potentialités et à avoir confiance en eux.
11) La vie spirituelle en famille. La vie spirituelle en famille repose sur les quatre piliers que nous propose le livre des Actes des apôtres (Ac 2, 42-47). La famille senracine dans lécoute de la Parole de Dieu, lue et méditée en famille et en communion avec lensemble de lEglise. Elle se nourrit de la participation régulière à lEucharistie. Elle vit également de la prière qui rassemble régulièrement tous les membres de la famille, tout en maintenant le lien avec la paroisse. Enfin, la famille est lieu de communion, de partage, déchange, un havre de paix où il fait bon vivre.
12) Dialoguer en famille. La cohésion familiale passe par un dialogue franc et sincère. Elle appelle également une auto-évaluation. Régulièrement, la famille au complet doit procéder à une évaluation des objectifs quelle sest assignée, faire un bilan des projets réalisés ainsi que des difficultés rencontrées et se fixer de nouveaux objectifs.
13) Insister sur la réconciliation de la famille. A la lumière de lexhortation post-synodale Africae Munus, il convient de rappeler que la nouvelle évangélisation pour lAfrique est essentiellement lengagement à la réconciliation. Aujourdhui, en raison des nombreuses fractures qui déstructurent les familles, il faut insister sur une pastorale familiale de conversion, de pardon et de réconciliation.
14) Revisiter la dot. Initialement, la dot est conçue comme un symbole, comme un échange de cadeaux et approfondissement des relations entre familles. Aujourdhui, elle sest dénaturée et freine lengagement de nombreux jeunes. De plus, elle dévalorise la dignité de la femme considérée comme une marchandise. Il convient de travailler à restituer à la dot sa valeur symbolique initiale.
15) Réaffirmer la valeur du célibat chrétien. La pastorale familiale ne doit pas faire fi du célibat chrétien qui est complémentaire de la vie conjugale et un autre signe de la vocation damour à laquelle tous sont appelés. En ce sens, célibataires et mariés doivent se soutenir mutuellement dans leurs vocations spécifiques.
16) Lutter contre les discriminations au sein des familles. Les femmes, les jeunes, les enfants, les personnes âgées, les veuves et les orphelins sont parfois objets de discriminations et même de violence dans la famille et dans la société. La pastorale familiale, avec le concours des commissions « Justice et paix » doivent lutter pour léradication de ces discriminations.
17) Exploiter les moyens de communication sociale. Aujourdhui, il nest pas possible dignorer les nouveaux moyens de communication sociale, même si leur impact nest pas toujours positif. Il convient de les évangéliser, de les mettre au service de la pastorale et de la cohésion familiale, et dapprendre aux enfants et aux jeunes à réguler leur usage.
18) Initier une pastorale active pour les mariages mixtes et interreligieux. Les mariages mixtes et interreligieux peuvent poser des difficultés de cohésion familiale et déducation des enfants. Il importe daccompagner de manière toute particulière les jeunes qui veulent sy engager et de les aider à un discernement adéquat, particulièrement avec la montée de lextrémisme.
19) Résister aux sectes. Les sectes, autant dorigine africaine, orientale quoccidentale, ne cessent de faire des ravages dans nos Eglises et dans nos familles, y semant la division et le désarroi. La pastorale familiale doit prémunir les chrétiens catholiques des sectes par une formation et une vie spirituelle solides ainsi quune communion qui résistent aux sirènes des sectes.
20) Sortir de la croyance en la sorcellerie. Dans un contexte de grande désespérance économique, sociale, sanitaire, politique ou affective ressurgissent la croyance et les accusations de sorcellerie qui détruisent les personnes et la cohésion familiale. Ces croyances et accusations reposent souvent sur une mauvaise interprétation de la tradition et une lecture fondamentaliste de la Bible. Doù la nécessité dune pastorale de la rationalité, qui repose sur une spiritualité éclairée et solide.
21) Promouvoir une gestion opérationnelle des ressources. Avec la crise économique, les grandes pandémies , des familles sont économiquement fragilisées. Ces problèmes affectent souvent leur équilibre. La pastorale familiale doit promouvoir une gestion opérationnelle des ressources disponibles, la créativité ainsi que la solidarité.
22) Interpeller les pouvoirs publics. Les pouvoirs politiques investissent beaucoup dans la promotion de la famille. Mais certaines politiques sociales mises en place vont à lencontre du bien des familles. Il convient donc dinterpeller les pouvoirs publics à une bonne gestion du bien commun favorable à lépanouissement des familles, particulièrement les plus fragiles.
23) Initier un directoire sur la catéchèse de la famille. Enfin, sinspirant des recommandations de lAssemblée Générale du SCEAM en 1981, il convient, dinitier un directoire de la catéchèse familiale, catéchèse essentiellement biblique, dont on fera lévaluation tous les trois ans.
Conclusion :
En somme, la crise nest pas nécessairement négative. Elle peut même savérer, très structurante, quand elle est bien gérée. Les soubresauts que connaissent les familles aujourdhui sont sans doute un appel de lEsprit Saint à travailler davantage à la restructuration et à la promotion de la famille en général et de la famille chrétienne en particulier, dans la perspective de la nouvelle évangélisation. Puisse la sainte famille continuer à inspirer et à protéger nos familles pour quelles ne cessent de refléter limage de la famille trinitaire !
Fait à Brazzaville, le 12 juillet 2014

