Comme il avait déjà été annoncé dans le dernier « Église de Pala », notre Église à vécu du 24 au 27 janvier derniers une importante session pastorale sur la tâche missionnaire de lÉglise. Vous pouvez trouver dans le présent bulletin un bref compte-rendu de cette session. Pourquoi une session sur un tel sujet ?
Nous nous considérons tous et toutes missionnaires mais, vu la grande diversité qui existe dans le personnel apostolique, ny a-t-il pas le risque que chacun ait sa propre conception de la mission et quil ait tendance à considérer ses idées et sa propre expérience, ou celle de son Église dorigine, comme étant les meilleures sinon les seules vraies ? Comment favoriser entre nous une meilleure unité de vision et daction au sujet de luvre dévangélisation sans retourner à la source de lÉglise et de la mission, cest-à-dire au Nouveau Testament qui nous parle de Jésus, le Christ, fondateur de lÉglise, des Apôtres, les premiers missionnaires, et de la naissance des premières communautés chrétiennes ? Un retour aux sources et un renouveau sont indispensables, surtout à une époque comme la nôtre où lÉglise semble souvent désemparée devant la tâche à accomplir. Elle a alors besoin de se renouveler dans sa raison dêtre, qui nest actuellement évidente ni pour les anciennes ni pour les jeunes Églises.
Depuis le concile Vatican II, nous savons, ou devrions savoir, que « de sa nature même, lÉglise, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire » (AG no 2). Le synode des évêques de 1974 sur lévangélisation, na fait que reprendre cet enseignement avec plus de force et de précision : « Nous voulons confirmer une fois de plus que la tâche dévangéliser tous les hommes constitue la mission essentielle de lÉglise, tâche et mission que les mutations vastes et profondes de la société actuelle ne rendent que plus urgentes. Évangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de lÉglise, son identité la plus profonde (EN no14). Est-ce cela que nous avons en tête et dans le cur, nous missionnaires daujourdhui, peu importe notre pays dorigine ou notre expérience passée ?
En un certain sens, la session que nous venons davoir a anticipé le prochain synode des évêques. Elle se situait aussi dans le prolongement du dernier synode sur la Parole de Dieu que nous avons décidé dactualiser par une Assemblée diocésaine qui aura lieu en octobre prochain et que je demande à tous de bien préparer. Cest toute lÉglise en effet qui sinterroge aujourdhui sur sa mission et sa tâche dévangéliser et sur ce quelle a fait de la Parole de Dieu dans le passé. Si on parle de lurgence dune « Nouvelle Évangélisation », cest que ou bien lévangélisation a été
insuffisante ou pas vraiment faite, ou bien elle sest arrêtée à un moment donné parce que « tous étaient chrétiens », ou encore parce que la foi a périclité et a fini par mourir dans certains milieux, ce quon appelle la déchristianisation.
Nous aurions tort, nous, de croire que lévangélisation est faite dans notre continent parce quil y a 150 millions de baptisés et de nous contenter alors dun simple « service pastoral », en faisant un peu de catéchèse (et quelle catéchèse parfois !) orientée vers le baptême et les sacrements, au détriment de la Bonne Nouvelle de Jésus, le Christ, fils de Dieu. Lors de
toutes les rencontres internationales dÉglises en Afrique on répète à satiété que lévangélisation de notre continent a été et reste très superficielle, quand elle nest pas déformée. Le christianisme est souvent comme une excroissance ou un ajout, qui influence peu la vraie vie, avec tout ce que cela représente.
« Dieu la fait et Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous aviez crucifié » (Ac 2,36). Cest le contenu de la première évangélisation. Comment les baptisés de notre Église comprennent-ils cette parole ? Que change-t-elle dans leur vie ? Sont-ils témoins de cette Bonne Nouvelle ? Et que veut dire « nouvelle évangélisation » pour nous, prêtres, religieux et religieuses, missionnaires dans lÉglise de Pala ? Pourquoi et comment cette nouvelle évangélisation ?
Il nous faut aussi nous demander si nous ne sommes pas souvent en train de faire des chrétiens individuels, sans Église pour les accueillir et les accompagner, et sans quils se sentent eux-mêmes vraiment dÉglise. LÉvangélisation se fait en Église et par lÉglise. Dans ce sens et pour clore ces réflexions, je cite ce beau texte de Paul VI : « Évangélisatrice lÉglise commence par sévangéliser elle-même. Communauté de croyants, communauté de lespérance vécue et communiquée, communauté damour fraternel, elle (lÉglise) a besoin découter sans cesse ce quelle doit croire, ses raisons despérer, le commandement nouveau de lamour. Peuple de Dieu immergé dans le monde et souvent tenté par les idoles, elle a toujours besoin dentendre proclamer les grandes uvres de Dieu qui lont convertie au Seigneur, dêtre à nouveau convoquée par lui et réunie. Cela veut dire, en un mot, quelle a toujours besoin dêtre évangélisée, si elle veut garder fraîcheur, élan et force pour annoncer lÉvangile. » (EN no15) Cest une telle Église quil nous faut construire, malgré nos limites.
Plus que de nouvelle évangélisation, na-t-on pas surtout besoin dune vraie première évangélisation et dune évangélisation permanente, toujours à recommencer ? « Reste avec nous car le soir vient et il entra pour rester avec eux » (Lc 24,29). Bon travail ensemble et avec lui.
+ Jean-Claude Bouchard

