« LÉglise de Pala, au service de la Réconciliation, de la Justice et de la Paix »
Du 26 au 28 octobre 2010 sest tenue à la cathédrale de Pala une Assemblée diocésaine sur le thème du 2e Synode des Évêques dAfrique à Rome en octobre 2009, afin de mieux se lapproprier. Convoquée par Mgr Jean-Claude Bouchard avec lappui de la Commission diocésaine Justice et Paix (JPx), elle a vu la participation de prêtres, religieux, religieuses et fidèles venus des cinq zones pastorales du Diocèse, et de plusieurs pasteurs et fidèles des Églises protestantes. Elle a regroupé 130 personnes. Et deux invités marquants : le coordinateur national de Justice et Paix, labbé Raymond Madjiro, curé de la cathédrale de NDjaména, ainsi que le nouveau recteur du Grand Séminaire interdiocésain St Mbaga Tuzindé (Sarh), labbé François Alngar, ancien vicaire général et animateur de la commission JPx du diocèse de Goré.
Le 26 octobre, ouverture de lAssemblée par la prière suivie du mot de bienvenue du répondant diocésain de Justice et Paix, labbé Frédéric Sénekna. Notre évêque lui a succédé pour bien situer les objectifs de cette Assemblée, en partant dun certain nombre de constats. Après la présentation des participants et une pause, le secrétaire de la commission diocésaine, M. Ndarwé Henry, a conduit la mise en commun des réponses au questionnaire préparatoire : 3 questions envoyées en avril dans les paroisses pour connaître :
- les actions menées par JPx depuis sa création
- les priorités et urgences dans chaque paroisse et zone pastorale
- les difficultés rencontrées et les engagements pour la réalisation des priorités-cibles.
Après le repas partagé au Centre de Formation diocésain, les participants se sont retrouvés autour de la synthèse du matin. Labbé Madjiro a fait remarquer que beaucoup de faits relevés se focalisaient sur des problèmes externes à nous sans penser à nous-mêmes par exemple dans la gestion des biens, la gestion des conflits dans ou entre nos CEB, etc Et lon en est venu à aborder des faits précis comme celui de Mme Mallaye, de Tréné, accusée de sorcellerie par son proche entourage, obligée de se réfugier depuis des mois à Pala, non sans menaces dailleurs ! Pourquoi linertie des chrétiens devant des faits concrets comme celui-ci ?
Le 2e jour a commencé avec un exposé du coordinateur national pour mieux définir ce quest Justice et Paix dans lÉglise, en partant de la situation réelle du Tchad depuis son indépendance, pour se poser la question du rôle de lÉglise du Tchad dans ces 50 ans dhistoire du pays : quavons aidé à changer pour améliorer le sort des gens ? Il a ensuite fait lhistorique de JPx depuis sa création par Paul VI avec ses motivations profondes jusquà sa création au Tchad juste après la dictature dH. Habré, puis exposé sa méthode de travail basée sur le pertinent voir-juger-agir, pour en arriver au 2e synode des évêques dAfrique à Rome et à la pastorale sociale de lÉglise en Afrique. Cela commence par une éducation à la paix, à la tolérance au niveau local des CEB, des villages ou des quartiers. Et pour être réellement au service de la réconciliation, de la justice et de la paix, les chrétiens doivent se donner les moyens tant humains que matériels pour y parvenir : parler haut et fort, témoigner de la vérité, participer à la démocratisation de la vie publique, former les consciences, impliquer davantage les femmes tout cela centré sur le Christ lui-même. Ces propos ont permis ensuite des carrefours très vivants.
Dans laprès-midi, une conférence-débat était organisée dans la grande salle du Centre Culturel Nicodème pour un public plus large, dont le Secrétaire Général de la Région, sur les thèmes de lengagement des chrétiens et dun partage dexpériences dans le travail de J et Px. Les conférenciers en étaient notre évêque Jean-Claude et labbé Madjiro qui a exposé limplication de JPx par exemple dans le dossier pétrole, dans le processus électoral, dans le phénomène des enfants bouviers, linstauration de la journée nationale de la cohabitation (28 novembre), dun dialogue national citoyen en août dernier à NDjaména, etc.
Le 3e jour, lintervenant était labbé Fr. Alngar qui a éclairé lassemblée sur le thème « quel est le travail de Justice et Paix ? » dans le monde, en Afrique et au Tchad : constat sur les injustices entre les personnes, les générations, les classes sociales, les cultures et religions, les citoyens ou les états , les défis pour le cas du Tchad. Puis il a montré que la justice est une dimension de lhomme, au pouvoir et à la mesure de lhomme, qui veut une vie sociale juste et dynamique (respect de légalité, la personnalité, la liberté, la fraternité-solidarité). Il devait ensuite préciser les attitudes, comportements et conditions essentielles pour être bâtisseurs de paix, articuler notre Foi chrétienne avec le droit et la justice comme les prophètes, et surtout à la suite de Jésus. Là aussi, lexposé a été suivi de questions concrètes comme celle qui se pose de plus en plus au sud du Tchad, la question foncière. « Soyons nos propres Moïse, Mandela, a-t-il dit en terminant .Vous voulez vous engager avec le Christ pour promouvoir autrement la justice, alors soyez vous-mêmes justes et vivez en famille/en communauté chrétienne sans la peur de combattre les injustices qui défigurent limage de Dieu en lhomme. » Les participants ont ensuite élaboré, dans des carrefours puis en assemblée, des résolutions pour eux-mêmes et toutes nos communautés chrétiennes du diocèse, ainsi que des recommandations quun petit groupe ira présenter le lendemain aux autorités régionales.
Le soir du 3e jour, une messe solennelle à la cathédrale, en présence de chrétiens de la paroisse de Pala, a couronné cette vivante et prometteuse assemblée diocésaine.
Claude Victor

