(Notes sur la CULTURE MUSEY fruits des sessions et des rencontres du « Groupe Inculturation » tenues à Gounou-Gaya en Juillet 1999 et en 2003.)
Les Musey comme beaucoup dautres ethnies en Afrique pensent la même chose que cet écrivain africain. Mais comment vérifie-t-on cela dans la réalité de la vie quotidienne ? Les Musey pensent que ceux qui sont morts voient les vivants, les fréquentent, les guettent
Ils deviennent bons ou mauvais selon le rapport que les vivants entretiennent avec eux. Quand les morts et les vivants se rencontrent-ils ? Il ny a pas un moment fixe. Ça peut être le jour ou la nuit.
Comment se rencontrent-ils ? Ça peut être dans un rêve, dans une apparition, lors dun sacrifice offert à leur intention, lors du passage dun tourbillon, dans le vent, au cours dun repas, lorsquun morceau de la nourriture vous échappe et quelle tombe par terre, on dit que ce sont les ancêtres qui ont arraché ce morceau. Enfin, lorsquune personne meurt, il faut faire un rite pour toucher à son cadavre, parce quelle veille encore sur ce corps. Elle va emporter la première personne qui va toucher à son corps. Il faut la chasser de ce corps. Et le troisième jour, il faut faire un autre rite pour chasser le défunt hors du village. Sans faire cela, il restera dans sa concession et fera du mal à ceux de sa maison et même à ceux du village Il faut aussi souligner quavant sa mort, le malade dit à ceux qui lassistent quil reçoit la visite de ses parents morts, quil sentretient avec eux. Dans le rêve le malade va avec les morts dans leur village où on est plus heureux que dans le village des vivants. Ils lui montrent même la maison quils sont en train de construire pour lui. Tant que la maison nest pas bien construite, ils ne le retiennent pas pendant cette visite. Le malade voit déjà à ce moment qui est pour hâter sa venue parmi les morts et qui ne lest pas
Comment les banana vivent-ils la mort ?
Souffrance. La mort est un moment de souffrance. On souffre du manque dun membre de la famille et du lignage. On ne le verra plus, il ne nous donnera plus à manger, ne prendra plus notre défense face à lennemi.
La mort est un moment de souffrance parce quelle occasionne beaucoup de dépenses pour la famille et pour le village. On perd beaucoup de temps de travail
Peur. La mort suscite beaucoup de peur dans lesprit des gens surtout dans lesprit des veuves et des enfants. Parce quon croit que les morts voient les vivants, les fréquentent, les guettent Ils deviennent bons et mauvais. Il faut sen méfier et se fier en même temps à eux. La mort est opposé à la vie donc on craint cela (ex. quelquun qui vient de se fiancer, ne va pas aux funérailles )
Solidarité. Si la mort est un moment de souffrance et de peur, elle est aussi un moment de solidarité. On est entouré de la chaleur humaine de tous ceux et de toutes celles qui viennent partager ce moment de douleur avec vous. Ils vous apportent leur soutien matériel, financier, moral un moment dunion entre les vivants contre la mort qui les frappe.
Réconciliation. La mort est également un moment de réconciliation. Lancien de la famille, dans son discours de remerciement aux parents et amis présents et dadieu au défunt, doit retracer lhistoire du lignage ou de la famille. Souligner les moments de gloire de cette famille et les moments de faiblesse. Et après il souligne ce qui se passe concrètement entre les membres de cette famille, dire à chacun sans complaisance le tort quil cause aux autres. Chez les Musey la division au sein de la famille permet au malheur dy entrer.
Chacun des membres de la famille doit reconnaître son tort pour refaire lunité. En reconnaissant son tort, chacun se prépare à la réconciliation le jour des rites qui suivront lenterrement. La mort réconcilie même les pires ennemis. Cest pourquoi les Musey disent : « suluk matna ka di ». Cest à dire quon ne peut pas garder la haine contre celui qui vient de mourir ou contre sa famille.
Normalement on peut demander au devin la cause de la mort. A travers la divination « tin garira » on peut savoir que la mort est venue dune division existant dans la famille ou dune malédiction, alors il faut faire un acte de réparation pour éviter que la mort ne revienne.
Aux funérailles on cherche la paix mais il y a aussi la « bagarre » pour les femmes, le tambour, la jalousie ou bien les accusations et la recherche du coupable de la mort. On ne couche pas avec les femmes (un u matna ni zla cora) et on ne rit pas, cest une chose des fous (san u matna ni va ma gurura). Avant les gens prêtaient beaucoup dattention afin que la mort ne frappe plus. Les enfants nallaient pas à la place mortuaire. (Gor kemba ka hinizi huu di). Celui qui na pas perdu une femme fait attention de ne pas saluer un qui la déjà perdue. Une femme qui na pas perdu denfant ne va pas aux funérailles dune femme qui est morte en couches ou bien qui a avorté.
Si quelquun mourait loin du village, pour rentrer on évitait de passer dans un autre village et on coupe une route aux abords, autrement on amène la mort chez eux. Si on rencontre un cortège funèbre en route, on sarrête et on reste tranquille.
oLes différentes étapes des funérailles Musey
Avant la mort
Concertation (gaga matna)
Après la mort (dans la concession)
Premiers cris (gi iirira)
Lavage (mbussa)
Attacher, envelopper le mort (gan matna)
Envoyer le message (bee sun matna)
Prendre le tambour (yow timma)
Avant les funérailles
Soulever la tête (pon yamba)
Sortir le cadavre dehors (sli matna ki buruwa) = moment de passage
Cris (gi boboora)
Offrandes jetées (cayna)
Pendant les funérailles (dehors à la place mortuaire). Veiller le cadavre (Buu matna)
Le mettre à lombre (slam ki u ngussã)
Discours (bolla)
La peau (bakna)
Le trou (vun zulla)
Discours (bolla)
Enterrement : creuser le trou, le mettre devant le trou et le caler dedans (Pi matna : vek zulla, gam vun zulla, slam huu zulla.)
Après les funérailles
Purifier la tête (po yamba)
Le bois (vun guna)
Le deuil (zuuruna)
Casser lhéritage (hawat jona)
Partage de lhéritage (borow jona)
Plus tard (après une année)
Le tombeau (ussa)
Les pieux (gobollã)

