Tout dabord, comme on le disait au temps où les fêtes de Noël et du Nouvel An étaient moins commerciales et plus spirituelles, je souhaite une Bonne, Heureuse et Sainte Année à tout le personnel du diocèse et à tous les amis qui liront ce Bulletin. « Que le Seigneur tourne vers vous son visage, quil vous apporte la paix ! » (Nb 6,26) tout au long de cette nouvelle année.
Pour cet éditorial jai pensé de simplement attirer lattention sur limportance de lAssemblée diocésaine Justice et Paix qui sest tenue à Pala en octobre dernier. Comme on parle assez longuement dans les pages de ce Bulletin de mon intervention personnelle au début de lAssemblée, je ne veux pas métendre sur lenseignement de la Bible et de lÉglise en ce qui concerne la réconciliation, la justice et la paix, mais plutôt sur lapproche pastorale pour un meilleur travail des comités Justice et Paix. Il ne faudrait pas que, comme il arrive souvent lors de sessions ou de réunions, nous nous limitions aux résolutions et recommandations car nous risquerions dêtre déçus. En effet, on ne peut pas mettre dans les résolutions toute la richesse dune réunion de quatre jours. Cest tout le travail de lAssemblée quil faut retenir et qui doit nous aider pour notre travail. Le compte-rendu a dailleurs été publié. Les remarques qui suivent peuvent donner des jalons pour orienter notre travail.
1. Il est évident que les comités Justice et Paix dans les paroisses et les zones ont bien du mal à se mettre en place et à travailler de façon efficace. Je le constate lors de mes visites pastorales. Mais il ne faut pas abandonner les efforts. Cest dailleurs pour relancer et rendre fonctionnels la commission et les comités Justice et Paix que nous avons organisé lAssemblée diocésaine. Peut-être que le problème fondamental cest lignorance de ce quest la Commission Justice et Paix dans lÉglise et quelle est sa mission. À ce sujet la conscientisation et la formation sont importantes. Pour ce faire, il faut profiter de toutes les occasions.
2. Sil est vrai que lÉglise officielle, de lEncyclique Rerum Novarum de Léon XIII à Caritas in Veritate de Benoît XVI, en passant par le document LÉglise dans le monde du concile Vatican II, a publié des écrits très riches sur la Doctrine sociale de lÉglise, on ne peut pas dire que les méthodes dévangélisation et lapproche pastorale ont suivi : par exemple le contenu de la catéchèse, de la prédication et des sacrements. Et il a fallu attendre le synode des évêques de 1971 pour quil soit clairement déclaré que : « Le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde nous apparaissent clairement comme une dimension constitutive de la prédication de lÉvangile qui est la mission de lÉglise pour la rédemption de lhumanité et sa libération de toute situation oppressive ». Même si la conscience se développe et que des efforts sont faits, il est évident que cela nest pas encore passé dans la pratique. Cest quil y a sans doute trop dintérêts en jeu, et que, dans notre monde, léconomie et la finance priment sur la religion. Il faut se réjouir cependant que de plus en plus la lutte pour les droits humains dans la société civile rencontre les préoccupations de lÉglise pour la promotion des valeurs évangéliques. Ce qui devrait favoriser une meilleure collaboration entre la Commission Justice et Paix et les associations de la société civile.
3. Mais dans cette collaboration lÉglise doit jouer son rôle, qui est unique, et ne pas chercher à copier les autres. Il est capital que lengagement pour la justice et la paix soit lié à la foi chrétienne, sinon la Commission Justice et Paix risquerait de nêtre quune sorte dONG de plus. Et lÉglise elle-même, dans son ensemble, me semble être dans une sorte de crise de spiritualité, en dautres termes risque de devenir un rassemblement trop humain et pas assez spirituel. S. Paul parle de la lutte entre la chair et lEsprit, mais on peut parler aussi de dichotomie entre la foi et la vie de tous les jours, personnelle et collective, entre Évangile et vie. Le tout se justifiant souvent aux yeux des gens en jetant la faute sur les réalités complexes de la « vie moderne » et en considérant les célébrations et les sacrements sous un certain jour magique. Ce nest pas pour rien que nous avons écrit dans le message de Noël de la Conférence épiscopale que la piété ne se réduit pas seulement à la prière et au culte, mais quelle doit imprégner toute la vie.
Or la paix et la justice sont des dons de Dieu et ne sauraient être vraies sans ce lien à Dieu, et donc au spirituel. Je ne peux mempêcher de citer ici un extrait du paragraphe de conclusion du dernier document pour la journée mondiale de la paix, document un peu difficile mais très riche, ayant pour thème : « Liberté religieuse, chemin vers la paix » :
« Le monde a besoin de Dieu. Il a besoin de valeurs éthiques et spirituelles, universelles et partagées, et la religion peut offrir une contribution précieuse dans la recherche des peuples pour la constitution dun ordre social juste et pacifique au niveau national et international.
La paix est un don de Dieu et en même temps un projet à mettre en uvre, jamais complètement achevé La paix, en fait, est le résultat dun processus de purification et délévation culturelle, morale et spirituelle de chaque personne et chaque peuple, processus dans lequel la dignité humaine est pleinement respectée. Jinvite tous ceux qui désirent devenir artisans de paix, et spécialement les jeunes, à se mettre à lécoute de la voix intérieure qui est en eux, pour trouver en Dieu le point de référence stable pour la conquête dune liberté authentique, la force inépuisable pour orienter le monde avec un esprit nouveau, capable de ne pas répéter les erreurs du passé » (n° 15).
Pour conclure, je répète ce que je dis souvent et que je puise dans la deuxième épître aux Corinthiens (5,18) : le travail de Justice et Paix est un ministère, aussi important que celui de catéchiste, car il sagit de rien de moins que de la mise en pratique de lÉvangile : « Tout vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation ». Ce ministère est confié à toute lÉglise, pas seulement aux prêtres.
Je vous souhaite à tous et à toutes bon travail dans vos équipes.
Jean-Claude Bouchard

