Cest à Paris que jécris le présent éditorial, de retour du massif du Mont Rose où jai passé trois semaines extraordinaires de vacances, grâce à un temps splendide, inhabituel à cette saison, au dire de tous. Peut-être que certains ou certaines se sont demandé ce qui me prenait tout à coup comme cela daller, à mon âge et sans entraînement, affronter les sommets du Mont Rose. La réponse est tout simplement que jaime la montagne, que ce désir daller au Mont Rose était en moi depuis plus de vingt ans, et enfin quon sent parfois dans la vie le besoin de relever un nouveau défi. Et le Christ nest-il pas allé souvent sur la montagne, surtout pour prier ? Sur un des dix sommets du Mont Rose qui culminent à plus de 4000 mètres, il y a une grande statue du Christ qui a donné son nom au sommet lui-même et quon appelle « Cristo delle vette » (Christ des sommets). Je voulais arriver au moins là, ne me faisant pas trop dillusions sur mes capacités physiques, même après un certain temps dentraînement. Jy suis arrivé et là-haut jai pu offrir au Seigneur notre Eglise de Pala. Par nécessité, ma prière fut brève car le guide, comme les anges aux apôtres après lAscension, sest chargé de me rappeler (jétais seul avec lui) quil fallait redescendre.
On dit que la montagne rapproche de Dieu. De fait la montagne occupe une place importante dans la Bible, comme lieu de révélation et de culte, de manifestation de Dieu et du Sauveur. Des épisodes-clés de la vie de Jésus surviennent sur la montagne et il sy retirait pour prier. Mais il y a encore autre chose : on peut facilement faire le rapprochement entre les efforts fournis en montagne et le cheminement.
Dans la vie spirituelle. En montagne, la marche sur les sentiers arides et dans les rochers, les montées qui coupent le souffle et les jambes, conduisent à des sommets doù la vue souvent extraordinaire et la joie de la victoire sur soi-même et sur la nature récompensent de tous les efforts. Nest-ce pas une sorte de mort et de résurrection ? En montagne on fait de petits pas et on monte lentement, mais on arrive à parcourir des distances extraordinaires. Combien de fois, lors des descentes, ne me suis-je pas dit : « Ce nest pas possible quon ait monté tout cela ! ». Et pourtant oui. Quand je regarde en arrière mes nombreuses années passées au Tchad, je me fais la même remarque. Le secret cest de mettre tous ses efforts dans les petits pas quon est en train de faire, sans regarder constamment au loin et sans vouloir aller trop vite. Jésus la dailleurs dit : « A chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6,34)
Mais maintenant il me faut redescendre du mont des Oliviers et retourner à ma Jérusalem, passer de 4000 à 400 mètres ! Cela va me changer de la neige qui me rappelait mon pays dorigine ! Le fait décrire cet éditorial pour le bulletin diocésain est le premier pas de mon retour au Tchad. Je sais que la chaleur humide de septembre mattend. Cest dailleurs un des souvenirs les plus marqués de ma première arrivée au Tchad en septembre 1963 : la bouffée de chaleur humide qui ma assailli lorsque je me suis présenté dans la porte de lavion. Mais nest-ce pas le prix à payer pour être missionnaire au Tchad ? Combien de fois jai pensé à notre Eglise lors de ce séjour en montagne ! Tous les jours jai prié avec et pour vous tous. Jai eu aussi loccasion de célébrer des eucharisties en paroisse et de fréquenter des prêtres, ce qui ma permis de comparer la situation et le travail de nos différentes Eglises. Je ne peux pas entrer dans les détails, mais il faut avouer que les situations sont très différentes. Je peux cependant affirmer que le besoin de la Parole de Dieu est commun même sil revêt des aspects différents. Et ça ma fait plaisir quand labbé Fausto de Novara, autrefois dans notre diocèse, ma dit quil sétait fortement inspiré de nos livrets de catéchèse du Tchad pour construire une catéchèse pour sa paroisse avec un groupe de laïcs. Nous pourrons aussi apporter notre expérience dans lavenir pour les célébrations autour de la Parole de Dieu car avec la diminution du clergé les prêtres ne pourront bientôt plus multiplier comme maintenant les célébrations eucharistiques. Et il est certain que le passage sera rude car les chrétiens dItalie seront dautant plus réticents quils ont été gâtés dans le passé.
En terminant je rappelle le travail que nous avons à faire en diocèse pour préparer lassemblée diocésaine sur la Parole de Dieu lan prochain. Et je vous dis ma joie de vous rejoindre pour faire encore un bout de chemin dans notre Eglise de Pala. Les vacances ne font pas de miracles mais jespère que cette période de fatigue du corps, mais de repos de lesprit, maidera à reprendre le collier avec courage. Bonne année pastorale à tous.
+ Jean-Claude Bouchard

