La population de Matta-Léré a décidé de se faire justice en arrêtant le chef de village et dautres présumés complices. Ceux-ci sont soupçonnés depuis plusieurs années dêtre dans des opérations de coupeurs de routes qui sont en réalité des bandits armés, spécialisés dans les prises dotages.
Le chef de village de Matta a fait lobjet de quelques arrestations auparavant, plusieurs fois il a été jugé et libéré. Les faits ne font que laccabler.
Ayant rassemblé toutes les informations qui accablent le chef, informations confirmées par son propre fils, le comité dauto-défense lance une alerte générale aux comités dauto-défense des neuf villages de se retrouver à Matta la nuit du 12 septembre. Ce seraient 277 personnes qui se sont retrouvées pour être informées des faits reprochés au chef et de rendre la sanction : la mort du chef et de ses présumés complices.
La population ne trouvant pas de dassistance du côté de la chefferie ni du côté de ladministration lors des enlèvements denfants et dautres tracasseries, elle crée des groupes dauto-défense qui existent maintenant depuis plusieurs années. Dans certains villages ces groupements ont réussi à protéger la population contre le banditisme.
Pendant la nuit du 13 septembre ont eu lieu les massacres du chef et de 3 de ses présumés complices. Laffaire a été tue pendant quelques jours.
Le 16 septembre, ladministration, par la gendarmerie a envoyé une équipe légère pour faire les constats et commencer à procéder aux arrestations et voilà que la population de Matta a fui dans la nature, en particulier au Cameroun. Léquipe enquête auprès des comités dauto-défense des villages environnants, et procède à larrestation de 7 personnes au petit matin du samedi 17 sept. à Potzloro. Après ces arrestations, les villageois sont sortis pour voir ce qui se passe. Les gendarmes leur ont dit : « On a arrêté 7 personnes mais pour vous il ny a pas de souci à vous faire, mais si vous voulez venir à Matta pour voir ce qui se passe vous pouvez suivre ». Donc ces gens les ont suivis et lorsquils sont arrivés à Matta dautres gendarmes étaient en train de partir pour Léré. Le premier véhicule du commandant de compagnie est partie et le 2e véhicule du commandant de Légion suivait. Le commandant de Légion ne comprenait pas pourquoi des gens arrivaient avec des bâtons, lances en main et il donne lordre de les arrêter. Le commandant de compagnie ne voulait pas les arrêter parce quil savait que cétait des gens de Potzloro , venus pour voir la situation. Le commandant de Légion a insisté en leur ordonnant de déposer leurs armes blanches, bâtons, flèches, lances et autres. On leur a demandé de se déchausser et ils nont fait aucune opposition.
Ils sont montés sur ordre dans le véhicule, les gendarmes se rendent compte quil y a beaucoup denfants parmi eux. Ils les ont libérés. Arrivés à Léré, le Commandant de Légion a donné lordre de les enfermer bien que le commandant de compagnie ait précisé que la cellule est petite, 3 m sur 3m. Ils étaient plus de 40 dans cette petite cellule sans fenêtres...
Le matin en ouvrant la cellule pour les conduire à Pala, où la Maison darrêt est plus sécurisée, ils découvrent 5 morts et une dizaine de mal portants quon a amenés à lhôpital de Léré où 4 sont décédés.
En dehors des 4 morts qui ont été tués de façon délibérée et barbare par les comités dauto-défense, il y a eu encore 9 autres qui ont aussi été tués de façon cruelle et barbare par asphyxie à la prison de Léré. Nous venons dapprendre que parmi les prisonniers amenés à NDjamena lun deux est décédé suite aux mauvais traitements.
Ces faits tragiques montrent que lorsque la justice de lEtat est défaillante, la population sorganise pour rendre elle-même justice, mais malheureusement de façon violente et cruelle.
Sources : Entretien à la Radio RTN avec M. le député Saleh KEBZABO ; article du journal NDJAMENA BI-HEBDO du 13-16 oct.; article du journal LA VOIX du 20-27 sept.

