Monsieur le Président de la République etc. Nous voici tous rassemblés aujourdhui sur cette place de la Nation pour les obsèques, officielles et religieuses, de Monseigneur Mathias Ngarteri Mayadi, archevêque de NDjamena. Sa mort nous a tous pris au dépourvu tellement elle a été rapide et imprévue. Le décès de Monseigneur Ngarteri touche bien évidemment en priorité lÉglise catholique du Tchad, surtout lÉglise de NDjamena.
Mais je suis témoin, pour avoir reçu un si grand nombre de visites et de messages de condoléances, que ce décès affecte aussi grandement les membres des autres confessions religieuses et le peuple tchadien, à commencer par les plus hauts Dignitaires de lÉtat. Et ici il est de mon devoir de remercier de tout cur, au nom de lÉglise catholique, les Autorités du pays, en la personne du Président de la République et du Premier ministre, davoir tout fait pour sauver Monseigneur Mathias lors de sa maladie. Cétait en quelque sorte une tentative désespérée mais elle est la preuve que tout aura été mis en uvre pour lui sauver la vie. Que cela nait pas réussi fait partie du secret de Dieu : « Le Seigneur avait donné, le Seigneur a repris, que le nom du Seigneur soit béni » dit la Bible. (Job 1,21). Mais nous qui restons, demandons-nous : quel héritage pouvons-nous retenir de Mathias Ngarteri Mayadi, premier évêque tchadien, et successivement évêque de Sarh, de Moundou et archevêque de NDjamena? Je crois quil est très significatif que la cérémonie des funérailles de Monseigneur Mathias ait lieu aujourdhui, le 28 novembre, sur la place de la Nation. Sans doute aurait-il voulu être présent parmi nous dune autre façon, car ce jour anniversaire de la Proclamation de la République, devenu Journée Nationale de la Coexistence pacifique, lui tenait beaucoup à cur. Mais soyons sûrs quil est cependant avec nous. Son corps est dans le cercueil mais son esprit est vivant : « Celui qui croit en moi, fut-il mort, vivra », dit la Bible. (Jn 11,25) Et je suis convaincu que si Monseigneur Mathias pouvait parler il livrerait à ses frères et surs tchadiens un message de Justice, de Paix, et de respect entre les Religions. Monseigneur Ngarteri a beaucoup travaillé depuis plusieurs années à cette cause de la Coexistence Pacifique, de la Justice et de la Paix, en collaboration avec les Autorités du pays, collaboration qui a même pu faire douter certains de la laïcité de lÉtat. Mais prier ensemble pour la paix entre croyants de différentes religions est-il contraire à lindépendance et à la laïcité de lÉtat? Est-ce que ce ne sont pas plutôt les extrémismes de tous bords qui sont dangereux pour un État démocratique? Monseigneur Mathias est parti pour la maison du Père, mais nous, nous restons. Il en va ainsi dans la vie : les parents partent mais les enfants restent et il leur revient de continuer luvre des parents. Ny a-t-il pas encore beaucoup à faire pour construire le pays et la nation tchadienne? Et cela doit être luvre de tous les Tchadiens, quelque soit leur ethnie et leur religion. Mais comment unir tous les Tchadiens pour relever un tel défi, où trouver linspiration commune? Nest-ce pas dans la Constitution que notre pays sest donnée? Cette Constitution, fruit de la Conférence Nationale Souveraine, dans laquelle Monseigneur Mathias a joué un rôle important, ne doit pas rester dans les archives. Et je crois me faire linterprète de lhéritage de Mgr Mathias en citant brièvement le Prologue de la Constitution : « Nous, peuple tchadien, affirmons par la présente Constitution notre volonté de vivre ensemble dans le respect des diversités ethniques, religieuses, régionales et culturelles; de bâtir un État de droit et une nation fondée sur les volontés publiques et les droits fondamentaux de lHomme, la dignité de la personne humine et le pluralisme politique, sur les valeurs africaines de solidarité et de fraternité ». Que cet idéal devienne réalité était certainement le désir le plus cher de Monseigneur Mathias. Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier ministre, Au nom de lÉglise catholique je remercie lÉtat tchadien pour sa sollicitude envers notre Église. Monseigneur Mathias est parti sans avoir vu la cathédrale remise à neuf, il la verra du haut du Ciel. Mais il a pu se réjouir avant sa mort de laccord signé entre la République du Tchad et le Saint Siège reconnaissant le Statut juridique de lÉglise catholique au Tchad. En retour, je vous fais la promesse, au nom de lÉglise catholique et en mémoire de Monseigneur Mathias Ngarteri Mayadi, que nous allons continuer de travailler, en collaboration avec lÉtat, pour que lidéal tracé par la Constitution puisse se réaliser. MERCI. ET QUE MONSEIGNEUR MATHIAS REPOSE EN PAIX. + Jean-Claude Bouchard Président de la Conférence Épiscopale

