Il me fait plaisir de pouvoir participer encore cette année à louverture de lAssemblée générale annuelle des CEC. Ce nest pas que les occupations me manquent, la preuve en est que la date de cette assemblée a été fixée pour tenir compte de mes propres obligations. Jen remercie les responsables car la participation à cette Assemblée générale annuelle me tient vraiment à cur, comme me tiennent à cur les CEC du Mayo Kebbi.
Peut-être quaux yeux de certains mon intervention daujourdhui ira à contre courant mais je suis convaincu au contraire quelle va rappeler des choses quil ne faut pas oublier sous peine de risquer daller peu à peu à léchec. Le danger existe dans une institution, en particulier chez les nouveaux membres, élus et cadres, dignorer ou doublier lesprit qui existait au moment de la fondation et durant les premières années. Le danger existe aussi que cette institution des CEC se laisse influencer par les mauvaises habitudes et les courants de mauvaise gestion et dabsence de déontologie et de justice qui ont malheureusement de plus en plus cours dans notre pays. Les CEC nont pas seulement une vocation financière mais aussi une vocation de promotion des valeurs qui peuvent construire la société.
Contrairement à ce quon entend et voit de plus en plus, les CEC du Mayo Kebbi ne sont pas une simple institution de micro finance mais bien une Coopérative dÉpargne et de Crédit. Certains vont peut-être se demander quelle est la différence. La réponse est que dans une simple institution de micro finance on ne sintéresse quà prêter de largent, en petite quantité et aux plus pauvres peut-être contrairement aux banques, mais on ne regarde pas quelle est la nature de linstitution. On regarde seulement le mouvement de largent et comment il est géré.
Par contre, quand on parle de « coopérative » la nature et le fonctionnement de linstitution sont fondamentaux. Le mot coopérer veut dire « travailler avec, travailler ensemble ». Si on na pas cette volonté, on dit quon na pas lesprit coopératif et alors cest toute linstitution qui est en danger car sa force repose sur lengagement de tous et chacun : « tous pour un et un pour tous » !
Une coopérative, nous dit le dictionnaire, est une « association ayant pour objet de rendre à ses membres les services les meilleurs, gérée par ceux-ci sur la base dune égalité des droits et des obligations ».
« Association » veut dire quon sassocie, quon se met ensemble et quon met nos choses ensemble. Nous sommes alors les propriétaires de ce que nous créons. Dans les CEC ce sont les membres qui sont propriétaires et cela fait toute la différence. Nous ne sommes pas seulement des clients, comme envers une banque ou un commerçant, mais nous sommes propriétaires. Si la chose marche, cest bon pour nous tous et pour chacun, si la chose ne marche pas, cest mauvais pour tous et chacun.
Le but de la coopérative cest de rendre à ses membres les services les meilleurs. Cela parce que nous nous rendons service à nous-mêmes : et alors comment pouvons-nous nous tromper les uns les autres, nous voler, essayer de tricher ? Cest comme dans une famille : on na pas le droit de sexploiter, de tricher, de mal travailler. Dans ce cas cest toute la famille qui souffre et se détruit. Malheureusement il en est ainsi souvent aujourdhui non seulement dans notre société mais aussi dans nos familles. Et les CEC sont menacés. Il se passe des choses actuellement qui menacent non seulement leur croissance mais peuvent à la longue menacer leur existence, et ceci même dans des régions qui avaient été décorées pour la qualité de leur travail. Elles se connaissent.
« Association gérée par ses membres ». Si les membres sont les propriétaires, il leur appartient donc de gérer eux-mêmes leur institution. Personne dautre ne peut gérer à leur place. Ils élisent leurs responsables parmi eux, quon appelle les élus ; on ne doit pas élire nimporte qui, mais des personnes sérieuses, compétentes et courageuses car on sait tous que la pression sociale existe, soit par les parents et amis, soit par ceux qui possèdent de largent. Si on embauche du personnel pour différentes fonctions, par exemple des gérants ou un directeur général, ce personnel doit être choisi avec soin pour sa compétence, sa probité et son esprit coopératif. De telles personnes doivent normalement provenir du milieu coopératif même. Ce ne sont pas les diplômes qui comptent. Trop de gérants posent aujourdhui des problèmes.
« Sur la base dune égalité des droits et des obligations ».
Oui, dans une coopérative tous sont égaux : « un homme, un vote ». Cest un principe fondamental. Les membres ont des droits mais ils ont aussi des obligations, des devoirs. Cest souvent ce qui manque dans les institutions et même dans la société : tous réclament leurs droits mais ne parlent jamais de leurs devoirs.
On comprend alors que les CEC nont pas seulement une vocation pécuniaire et économique, mais une vocation de formation de la société. On a lhabitude de dire quune coopérative dépargne et de crédit est une école, dabord pour les membres eux-mêmes mais aussi pour toute la société. Si les CEC devaient devenir de simples petites banques, qui rendent peut-être des services mais ne sont pas laffaire des gens eux-mêmes, ça nintéresse plus lÉglise et ça ne correspond plus à ce que nous avons voulu faire en créant les CEC.
Une vraie coopérative, et donc les CEC, sont une école de quoi ?
- Une école de démocratie : « un homme, un vote »
- Une école de justice : égalité des droits
- Une école de miséricorde : la coopérative aide les plus pauvres, pas les riches
- Une école dégalité : pas de différence dethnie, de classe sociale, de sexe
- Une école de prise en charge : la coopérative travaille avec largent de ses membres pas largent de projets qui viennent de lextérieur. Cela nest pas bien compris encore, tellement la mentalité dans notre pays est influencée par les projets qui viennent dailleurs. On croit que les Tchadiens ne peuvent rien faire. Les CEC sont la preuve flagrante du contraire, mais à condition, comme je lai dit, dêtre capables de ramer à contre-courant.
- Une école de promotion personnelle : Dans une coopérative ce nest pas largent qui est premier mais la personne. Ce nest pas non plus la société comme il arrive souvent dans la tradition : cest la personne. Chacun est propriétaire des fruits de son travail.
- Une école de fraternité : chacun est propriétaire du fruit de son travail mais il ne peut rien faire sans les autres. Cest ensemble quon a la force. Et comme je lai dit, la coopérative est comme une grande famille où doit exister la solidarité. Pas la solidarité dans le mal qui consiste à défendre son frère qui a tort ou à faire des prêts aux frères et aux amis sans respecter les lois établies, mais la bonne solidarité qui permet de travailler ensemble.
- Et finalement une école de liberté : le travail dans la coopérative enseigne à réfléchir, à planifier, à bien gérer sa vie et la vie de sa famille. Celui-là nest pas esclave mais libre. Mes frères et surs, regardons la vérité en face : ne sommes-nous pas aujourdhui en train de tomber dans toutes sortes desclavages et de dépendances, par exemple des usuriers, jusquà ne plus être capable de se nourrir et de nourrir sa famille ?
Je souhaite que les CEC soient vraiment une telle école pour ses membres et notre société tout entière. Je ne peux pas terminer cette intervention sans féliciter de tout cur ceux et
celles qui travaillent avec compétence et dévouement pour cette institution, à commencer par le nouveau directeur, M. Léonard Madou, dont cest la première assemblée générale, et le plus ancien des cadres, M. Vincent Pazeu. Cest grâce à eux que les CEC du Mayo-Kebbi ont une réputation dexcellence.
Je vous remercie.
Jean-Claude Bouchard
Évêque de Pala
Président du BELACD

